La Goutte d’Or face aux mineurs isolés – LSD, France Culture


A écouter sur la page de La Série Documentaire (LSD) sur France Culture. Emission diffusée dans le cadre d’une série: « Des villes transformées par l’exil ». 

Le quartier de la Goutte d’Or est devenue une île des enfants perdus depuis le printemps 2017, où il a vu arriver une quinzaine de mineurs non accompagnés en errance venus du Maroc. Ils peuvent être orphelins, toxicomanes, ils vivent de vol à la tire, larcins et autres trafics. Comment comprendre et protéger ces enfants insaisissables qui refusent le placement, sans recourir à la répression ?

Mohammed Karkach, responsable de l’équipe éducateur du CASP (Centre d’action sociale protestant) à la Goutte d’or :

« La question de l’autorité c’est la première chose qu’on essaye de travailler, c’est-à-dire ré-instituer un cadre symbolique chez ces gamins, quelque chose qui fait bord dans le réel, et qu’ils acceptent d’intégrer. Quand on aura passé cette étape ce que permet l’accueil de nuit, le travail de rue, l’accueil de jour, on pourrait éventuellement réfléchir à la question du droit commun, au jour d’aujourd’hui c’est encore trop fragile. Il y a une certitude pour ces gamins-là c’est que la rue il n’y a pas de bord. Et là, ils ont ce sentiment de toute puissance sur lequel on essaye nous d’agir, parce que ça les met en danger, puis ça peut aussi mettre en danger les citoyens lambda (…). Pour ce dispositif multimodal, il est pensé sur un accueil à bas seuil d’exigence puis à haut seuil de tolérance. On accepte tout ce qui est déviance, tout ce qui est comportements inadaptés, on essaye d’apprivoiser ces gamins à partir de leur inadaptation sociale. Si on fait pas ça on les approche pas, c’est-à-dire que ça passe par, ce sont des gamins farouches, extrêmement rétifs à l’aide de l’adulte, c’est un peu « au secours ils veulent m’aider » si vous voulez, ou alors « s’il-te-plaît ne m’aide pas ». Donc on accepte d’être accueillis par des insultes, on accepte d’être bousculés, et c’est comme ça qu’on arrive à se faire accepter. Le travail paye et porte ses fruits au bout de plusieurs semaines, moi je parle de relation d’apprivoisement, qui fait naître la relation d’aide qui elle-même peut faire émerger une relation éducative. Et puis seuil d’exigence c’est-à-dire que sur l’accueil de nuit, on accepte tous les gamins qui en font la demande, il n’y a absolument pas de contraintes, dès lors qu’il y a une contrainte les enfants s’en vont. Il n’y a pas de fugue, s’ils veulent quitter le lieu d’accueil et de répit, d’hébergement, ils peuvent partir. Mais on s’aperçoit que ça porte ses fruits puisque dès lors qu’ils savent qu’il n’y a pas de fugue, cela ne leur donne pas nécessairement l’envie d’en faire une. » [35’56 »]

Photo: © Plateforme solidaire